Centre Zahra : Pacification tous azimuts !

Mardi dernier, au petit matin, à Grande-Synthe, dans la banlieue de Dunkerque, une horde de pas moins de 200 policiers de différents services se lancèrent courageusement à l’assaut d’une redoutable citadelle islamiste fondamentaliste intégriste terroriste obscurantiste djihadiste nommée « Centre Zahra France » !

Si si, je vous parle bien du fameux Centre Zahra du brave Yahia Gouasmi, ex boucher halal reconverti dans la gnose mystico-eschatologique chiite, et de son assistant, le « cheikh » ahuri Jamel Tahiri, l’homme aux cheveux longs (bon, je ne devrais pas trop la ramener, j’ai la même coupe que lui…) qui déclame des discours théologiques abscons mais avec une lenteur et une affectation extrêmes destinées à leur donner un vernis de spiritualité plus prononcé.

Bref, c’est donc une opération anti-terroriste musclée qui a eu lieu, avec perquisition des locaux, arrestation des dirigeants du centre à leur domicile, gel des comptes bancaires, et tutti quanti… Tout cela parce que selon les autorités françaises, dont l’intégrité et l’honnêteté sont bien entendu au-dessus de tout soupçon, ce centre serait en lien avec des agents secrets iraniens, eux-mêmes soupçonnés d’être impliqués dans un projet d’attentat contre des opposants iraniens en France, ou plus précisément contre des opposants iraniens du mouvement des « Moudjahidine du peuple » qui lui-même est un mouvement notoirement terroriste ! Donc en gros, il s’agit d’empêcher des méchants terroristes islamistes de s’en prendre à de gentils terroristes laïcs… On appréciera là tout le grotesque engendré par l’usage très prisé à notre époque de cette notion hautement polymorphe qu’est le « terrorisme ».

Quand on connait l’orientation et l’activité religieuses du Centre Zahra, on sait très bien qu’ils ne sont en rien un danger pour la sécurité de l’Etat français. Ils ne prônent pas le recours à la violence, ne réclament pas l’instauration d’un état islamique ni l’application de la chariah. Ils sont plutôt du genre à ergoter sur les secrets de l’invisible et à faire des bisous aux juifs et aux chrétiens, du moment toutefois qu’ils soient anti-sionistes.

Et c’est là qu’on rentre dans le vif du sujet, car la seule position relativement radicale que l’on peut imputer au Centre Zahra se situe sur le terrain politique et notamment son anti-sionisme invétéré, mais cela n’a absolument rien de nouveau, puisqu’il porte en étendard depuis dix ans. Alors pourquoi cette soudaine tornade répressive ?

Il y a selon moi plusieurs raison à cela. Des raisons d’ordre intérieur et d’ordre géopolitique, des raisons immédiates et d’autres plus profondes.

Tout d’abord il s’agit de couvrir quelque peu le lamentable épisode de la démission du ministre de l’intérieur Gérard Collomb que le président queer Macron, affaibli et en déclin (départ de Hulot, affaire Benalla, etc.), avait refusé dans un premier temps, avant de devoir s’y résoudre devant l’entêtement du ministre.

Il s’agit également d’apporter un élément de pression supplémentaire contre l’Iran au moment où les sanctions américaines s’abattent sur ce pays, et que dans leur sillage les entreprises françaises quittent ce–dernier et participent donc objectivement à son étranglement économique. On montre ainsi aux iraniens qu’ils sont dans le viseur des services de renseignements français et accessoirement on montre à l’entité sioniste et aux États-Unis qu’on est résolument dans leur camp.

Cependant, je vois pour ma part une raison qui s’ajoute à celles que je viens d’évoquer. Une raison plus profonde qui révèle concrètement dans ce coup d’éclat minable l’évolution profonde qui opère en France depuis une quinzaine d’années.

En effet, les autorités françaises, des différents gouvernements successifs depuis quinze ou vingt ans, ne cessent de muscler leur politique de contrôle social, leur niveau de surveillance, leur censure des moyens d’expression, dont internet qui avait échappé à l’implacable censure qui existait dans les médias traditionnels (presse, radio, télévision) et qui est désormais presque entièrement « pacifié » par les organes de contrôle et de répression du Système. La censure a considérablement augmenté durant cette période, de même que la sévérité de la  répression judiciaire qui s’abat sur ceux qui osent encore défier le politiquement correct par des propos qualifiés très vite d’appels à la haine ou à la violence. Aujourd’hui on se retrouve facilement condamné à de lourdes amendes voire à de la prison ferme pour un simple tweet ou un malheureux commentaire Facebook, sans parler des autres sanctions et persécutions sociales comme la perte d’emploi ou la marginalisation la plus brutale.

Le pouvoir s’est mis à réprimer de plus en plus durement tout propos politiquement incorrect, toute expression virile d’idées plus ou moins sulfureuses, tout semblant de discours révolutionnaire. Cette répression désormais féroce s’est d’abord exercée contre le milieu de la « dissidence » (Dieudonné, Soral, Benedetti, Ryssen, Bourbon, etc.), mais bien entendu ce sont deux thèmes essentiels qui ont très vite constitué les priorités absolues de la Kommandantur républicaine : la lutte contre l’antisémitisme et la lutte contre l’islam radical.

Le Système a déclaré une guerre totale contre toute personne ou groupe de personnes qui chercherait à construire un discours entrant selon les nouveaux critères édictés par nos maîtres talmudo-maçonniques au pouvoir dans les catégories « antisémitisme » et « islam radical ».

Dans la première catégorie, il y a bien entendu le discours judéo-critique d’un Hervé Ryssen, le révisionnisme historique d’un Vincent Reynouard, et il y a aussi maintenant l’antisionisme politique qui est désormais assimilé à de l’antisémitisme. Et oui, on ne la lui fait plus au Système ! Fini le coup du « je ne suis pas antisémite, juste antisioniste ! » C’est du pareil au même maintenant. Case prison pour tout le monde !

Dans la seconde catégorie, c’est très simple il y a tout ce qui relève de l’islam authentique, c’est-à-dire l’affirmation décomplexée de la dimension politique et sociale de l’islam et la volonté affichée de sa mise en application concrète. En gros, tout ce qui n’est pas purement cultuel ou folklorique, ça dégage ! L’islam couscous merguez docile et insipide ça va mais gare à celui qui parlerait de lois, de normes, d’alliance et de désaveu, de dar el islam et dar el harb, etc. ! Il y a même un nouveau palier qui a été franchi dans cette répression croissante, dans la mesure où désormais ce n’est plus seulement l’islam politique qui est réprimé mais également l’islam identitaire, c’est-à-dire la manifestation un peu trop visible de l’appartenance islamique. Une barbe fournie ou un voile trop strict sont devenus  des signes de « radicalisation » qui font planer sur vous l’ombre de l’œil de Soron… C’est ainsi qu’en pleine hystérie post-attentats, le salafisme quiétiste, pourtant si désespérément immobile et inoffensif  a commencé, simplement à cause des signes extérieurs arborés par ses adeptes, à être considéré comme une menace et assimilé à une zone mentale de daeshisation. Concrètement, tu t’habilles comme un terroriste, donc même si aujourd’hui t’es gentil, il se peut que demain tu deviennes méchant, donc hop : case prison pour toi aussi !

Et le pauvre Centre Zahra du père Gouasmi se retrouve ainsi un pied dans chaque catégorie : antisioniste donc abominable antisémite, musulman un peu trop pratiquant donc affreux intégriste islamiste ! Il est bien malgré lui la quintessence de ce qui est combattu dans le cadre de la grande croisade républicaine de notre temps.

Par ailleurs, après avoir liquidé impitoyablement le malheureux Tariq Ramadan en le jetant en prison pour avoir soi-disant violé quelques femelles désaxées, et ainsi terroriser le camp de l’islam sunnite dont il était la figure de proue, il était bon pour le pouvoir d’en faire de même avec le camp de l’islam chiite en écrasant le Centre Zahra qui, avec tous les autres khamenaistes, en est figure éminente.

Sunnites, chiites, dissidents, antisémites, identitaires, opposants de diverses tendances, vous tous qui refusez obstinément de vous soumettre à la sainte république et à son avant-garde de lumière, et qui refusez surtout de vous taire, sachez que vous serez impitoyablement traqués et détruits ! Aucun discours viril d’opposition ne sera plus toléré, même s’il n’est que rhétorique. Vous serez tous mis au pas ! Voilà le message que la gentille patrie des droits de l’homme, de la démocratie et du progrès nous adresse. Au moins, on ne pourra pas dire qu’elle ne nous aura pas prévenus…

Vidéos été 2018

Essalamou aleykoum,

Voici une série de sept vidéos que j’ai réalisées et diffusées sur ma chaine YouTube au cours du printemps 2018.

La première vidéo est en fait un audio qui traite des affres du couple moderne.

La deuxième vidéo traite, par le commentaire d’une chanson, la propagande incessante menée par le Système pour faire accepter aux jeunes maghrébins de banlieue l’homosexualité comme une chose normale et même romantique !

La troisième vidéo est également le commentaire d’une chanson à la mode (« arafricain ») qui fait une fois de plus l’apologie du métissage et surtout de la négrification de l’identité maghrébine.

La quatrième vidéo présente sur un ton assez léger le cas surprenant de la République monastique du Mont Athos qui interdit son territoire aux femmes.

La cinquième vidéo analyse deux exemples du mouvement de décadence qui nous assaille : par le haut, à travers l’exemple de la volonté des élites politiques tunisiennes d’établir l’égalité entre hommes et femmes dans l’héritage, en violation claire et nette de la loi coranique, et par le bas, à travers l’exemple du succès foudroyant sur les réseaux sociaux d’un youtubeur dénommé Bilal Hassani qui s’affiche comme jeune homosexuel, travesti et queer.

La sixième vidéo traite du problème des mères toxiques et destructrices, qui, beaucoup plus nombreuses qu’on ne le croit, font des dégâts énormes chez leurs enfants.

La septième vidéo enfin, traite des poisons de facebook et des réseaux sociaux en général qui polluent la personnalité des adolescentes et adolescentes qui en sont friands.

Bon visionnage !

Manger de la chorba dans le Limousin

Je sais, le titre de cet article est assez incongru et déclenche immédiatement un début de rire. C’est bon signe ! Cela signifie qu’instinctivement nous savons tous qu’une identité culturelle authentique est nécessairement enracinée dans une terre spécifique, sur laquelle elle a eut le temps de se constituer et de mûrir, en osmose avec elle.

Cependant, on peut – et nous y sommes de plus en plus contraints par la marche irrésistible du mondialisme – se poser l’épineuse question que voici : une identité peut-elle survivre en exil ?

Cette question s’impose à nous autres, MMEF installés loin de nos terres ancestrales. Nous sommes maghrébins, nous avons une culture, des traditions, des coutumes. Peut-on faire vivre, préserver et transmettre ce patrimoine en Europe ou en Amérique ? Peut-on continuer de manger de la chorba dans le Limousin ? Non seulement « peut-on ? », mais cela a-t-il encore un sens ?

Cette question n’est pas nouvelle puisqu’elle est prégnante pour des diasporas qui se sont constituées depuis des siècles loin de leurs pays d’origine. Les exemples les plus pertinents sont ceux des diasporas chinoise, italienne, allemande, libanaise, arménienne, polonaise, grecque, qui se sont établies il y a plus d’un siècle aux États-Unis, au Canada, au Brésil, en Argentine ou en Australie.

Prenons l’exemple libanais. Il faut savoir que les libanais sont partis s’installer un peu partout dans le monde depuis la fin du XIXème siècle et le déclin final de l’empire ottoman. Ils se sont installés en vagues successives en Amérique, puis en Europe, en Australie et en Afrique, si bien qu’il y a aujourd’hui plus de libanais qui vivent hors du Liban qu’au Liban même.

Beaucoup vivent en Afrique noire depuis déjà un demi-siècle, nombre d’entre eux y sont même nés, et pourtant ils continuent à parler arabe, à cuisiner des plats libanais, à aller régulièrement en vacances au Liban, etc. Le lien communautaire est très fort entre eux. Ils montent des activités commerciales entre eux, des institutions scolaires et culturelles, et surtout ils se marient entre eux.

Ce lien puissant et leur situation de minorité les conduisent à sauvegarder leur identité ethnique et culturelle libanaise et à la faire vivre très loin de leur patrie ancestrale, très longtemps après l’avoir quittée. L’attachement à leur patrie d’origine et le lien qui te rattache à leurs racines est d’autant plus facilité que les chaines satellitaires et internet permettent désormais de vivre quotidiennement dans son foyer en totale connexion avec son pays d’origine.

Ainsi, nous avons là un exemple vivant de la possibilité pour une diaspora de vivre et de prospérer loin de sa terre d’origine et pendant longtemps, tout en maintenant quasi intacte une conscience de soi et une identité fortes, une fierté de sa spécificité et un attachement viscéral à ses racines, un refus catégorique de se fondre dans la masse. Cela est possible et souhaitable, et l’exemple libanais devrait nous inspirer.

Si on peut manger du shawarma en Côte d’Ivoire, pourquoi ne pourrait-on pas manger de la chorba dans le Limousin ?

Vidéos printemps 2018

Essalamou aleykoum,

Voici une série de six vidéos que j’ai réalisées et diffusées sur ma chaine YouTube au cours du printemps 2018.

La première vidéo traite de la nécessité croissante pour le musulman intègre et authentique d’user de taqqiyah face à un ennemi qui durcit toujours plus sa répression de toute parole de contestation et de tout discours de résistance.

La deuxième vidéo traite de l’importance pour les musulmans maghrébins expatriés (notamment en France) de se communautariser et d’essayer de créer et développer (à l’instar d’autres communautés) des réseaux professionnels afin de favoriser la réussite de chacun au service de notre communauté et de notre cause.

La troisième vidéo relève quelques faits divers concernant notre communauté pour montrer le ridicule et l’échec de la stratégie du harkisme engagée par beaucoup…

La quatrième vidéo traite des commémorations des massacres du 8 mai 1945 dans l’est algérien perpétrés par la France coloniale. Pour comprendre l’importance de ne jamais oublier.

La cinquième vidéo à l’occasion du mois béni de ramadan est une traduction d’un extrait de cours de Ayatollah Mohammed Redha Al-Shirazi (ra) traitant de l’importance d’établir les bases d’un changement intérieur puis extérieur, pour mieux servir Allah et réaliser notre mission sur Terre.

La sixième vidéo enfin, traite du danger mortel de délaisser nos propres références et notre propre échelle de valeur issue de notre religion comme paradigme sacré au profit du paradigme occidental moderne face auquel nous nous sentons hélas obligés de sans cesse nous justifier et de peu à peu nous soumettre.

Bon visionnage !

La modernité contre la grandeur

Un des aspects de la modernité qui me frappe le plus est sa haine viscérale de la grandeur. La modernité aime la force mais déteste la puissance, elle aime le plaisir mais déteste la joie, elle aime le gigantisme mais déteste la grandeur.

Dans le monde moderne tout est fait pour contraindre chacun à mener une petite vie minable et devenir lui-même un être minable.

Le type même de l’homme moderne est l’employé de bureau, servile et craintif, qui a pour seules ambitions de progresser dans sa carrière, obtenir son crédit sur trente ans pour acheter un petit F4 dans une jolie résidence de banlieue, s’offrir chaque été deux semaines de vacances pas chères au soleil, et que ce soir, le gratin de pâtes que sa femme lui aura cuisiné ne soit pas une fois de plus trop cuit. L’homme moderne est fondamentalement médiocre. Tout dans sa vie et dans sa personnalité est devenu insipide, tiède, sans saveur, sans vigueur. Il hait le risque, il tremble face à l’autorité, il est d’un conformisme en béton armé. Il pense comme il faut penser, il vit comme il faut vivre, bref, il fait là où on lui dit de faire.

Bien sûr l’homme moderne veut se distinguer, alors il s’abonne à Télérama ou à Technikart, écoute du jazz, et de l’électro branché, va au musée et visite des fermes prétendument rustiques où on fabrique du fromage bio; il est content, il pense être intelligent. Il fait du sport, se brosse les dents matin et soir, il sort, il sourit, il s’agite, il veut être remarqué et apprécié, et s’élever, légèrement. Mais cette volonté même ne fait que signer sa profonde infériorité et sa platitude répugnante. Le soleil ne cherche pas à briller, il brille.

Il veut aussi ressentir quelque frisson, histoire de se croire vivant. Alors le Système lui propose une kyrielle de loisirs conçus à cet effet. Boite de nuit, surf, paintball, du frisson bon marché. Le Système lui propose même des espaces de « dépassement » de soi et de transgression morale (oui, car dans le monde moderne on n’a le droit de se dépasser que par le bas), mais ces espaces ne sont que des excentricités frelatées, des enfoncements de portes ouvertes, des coups d’épée dans l’eau, des révoltes stériles, des postures ridicules, destinés à lui donner l’illusion de l’élan vital qu’il lui fait désespérément défaut.

L’homme moderne est formaté dans tout son être, il n’a pas de rêves, ni de volonté propre, ni de puissance d’âme. Ses opinions, ses goûts, ses attitudes, tout est artificiel, sorti des usines d’ingénierie sociale du Système, calibré, contrôlé, soupesé, standardisé. Il est comme la tomate espagnole dans sa cagette au rayon frais de Carrefour, en tout point semblable à sa voisine, toutes sans aucun goût. Il n’a aucune personnalité, aucune individualité, aucune liberté, et pourtant on lui martèle chaque jour tout le contraire, et il le croit.

En vérité il ne sait plus ni aimer ni haïr. Même dans le péché, il reste dans les clous. Ni très pur, ni très impur, il est en tout un être tristement moyen. Il n’aime pas ce qui le dépasse, ce qui le déborde, il faut que tout soit aplani, arasé, apprivoisé, à son image.

L’homme moderne s’agrippe de toutes ses maigres forces à son petit confort, fait de gadgets technologiques infantilisants, et de divertissements variés et futiles. Il désodorise aussi bien son salon, que ses aisselles que son cœur. Dans sa vie, il chasse les odeurs fortes, bonnes ou mauvaises, car ce qui le gène c’est qu’elles soient fortes. Il n’aime que le doux et le pâle. Il n’aspire qu’à un bonheur de supermarché, et se satisfait amplement d’un destin au rabais.

Souvent, il n’est pas content, il rouspète contre les bouchons sur la route, l’augmentation des impôts locaux et les délais d’attente pour obtenir un rendez-vous chez le dentiste, et s’il est un peu plus audacieux, il tempêtera même contre l’oligarchie bancaire, le lobby pharmaceutique et le bellicisme américain. Il s’énerve, il est en colère, il s’indigne ! Mais le lendemain matin, il retourne sagement au bureau prendre sa petite gifle quotidienne. Son métro-boulot-dodo, il y tient fermement, sa routine de gastéropode urbain le rassure car elle lui montre qu’aussi laide qu’elle puisse être, au moins, il a une place. De toute façon il n’a pas tellement le choix, sa femme acariâtre veille au grain, elle est son codétenu tout autant que son maton.

Autrefois, la vie était simple, rude, pleine. Du paysan au forgeron, du moine au guerrier, chacun vivait dans un état naturel, en vibrant au rythme d’un ordre céleste. Chacun connaissait la valeur de la vie, pouvait regarder le ciel étoilé au-dessus de sa tête, sentir l’odeur de la terre humide, chanter avec des amis autour d’un feu, marcher dans la boue, être charitable. Aujourd’hui, l’homme mène une existence artificielle dans une cité artificielle, où tout est propre, mesuré, évalué, surveillé, managé, rentabilisé, connecté, bref une vie tiède dans un monde tiède.

L’homme moderne n’a pas de métier, il exerce une activité professionnelle, il n’accomplit pas une tâche mais des occupations, il n’aime pas, il est amoureux, il ne dialogue pas, il communique. L’homme moderne fait de la musculation, mais ce n’est pas pour être fort, c’est pour être beau. Il fait aussi du yoga, pour ouvrir ses chakras, et il mange du quinoa, parce que c’est bon pour la santé, il l’a lu sur doctissimo. Il a des amis, enfin d’autres ombres comme lui avec qui il prend des verres, fait des barbecues, regarde des matchs de foot et échanges des bons plans pour acheter ses pneus de marque moins cher sur internet. Il écoute sans cesse de la musique, enfin du bruit rythmé qu’on appelle aujourd’hui musique, surtout dans le métro, des fois qu’une rencontre fortuite, surgissant de nulle part, viendrait à perturber le cours morne de sa très petite vie.

Et puis, l’homme moderne aime s’exprimer, s’épancher publiquement et chercher auprès d’un inconnu l’impression d’être compris. Alors, il publie chaque jour sur son mur Facebook les photos des plats qu’il a commandé au restaurant, ses coups de gueule de larve frustrée, ses réactions à l’actualité, enfin celle que lui présente chaque soir BFM TV, et de temps à autres, des citations de livres qu’il n’a jamais lus, et il publie aussi, de temps à autre, ses merveilleuses réflexions philosophiques de comptoir et livre avec une fausse impudeur, ses états d’âme de pauvre chéri en pseudo souffrance. En vérité, il n’a rien à dire car il ne ressent rien. Son esprit comme son existence sont superficiels et sans envergure. Il ne sait pas choisir, n’arrive pas à décider. Il s’ennuie à mourir.

L’homme moderne, fragile et mollasson, a l’originalité d’un meuble Ikea et l’éclat d’un grille-pain. Ses soupirs sont plats, ses larmes ne sont pas salées, son regard est fuyant. Il cherche toujours à rire, à s’amuser, il patauge dans la boue humaine insouciante qui l’entoure mais il ignore tout de la joie. A contrario, quand il se sent mal dans sa peau, et comment pourrait-il en être autrement, il pleurniche timidement, essaie d’afficher une dignité très feinte, puis va s’inscrire à un séminaire de développement personnel. Ses émotions, timorées comme exubérantes, sont toutes factices et pasteurisées. Il n’y a pas de sève en lui.

Ni naïf ni cynique, il navigue à vue sur la petite mare d’eau saumâtre que forme la succession de ses jours et de ses nuits. Bien entendu, tout l’univers doit tourner autour de son nombril, de ses sentiments de pacotille qu’il croit si importants. Il s’idolâtre mais ne s’aime pas.

L’amour, le sang jaillissant, la passion fougueuse, l’honneur, la noblesse, le panache, l’instinct bestial, la nature authentique, la profondeur des ténèbres, la lumière aveuglante, le calme, le mystère, le frémissement, la paix, la brutalité, l’exploration, la curiosité, la douleur, la contemplation, la grâce ou l’horreur, tout cela nous est désormais interdit, tout cela, la modernité nous l’a rendu hors de portée…

Autrefois, un homme fort pouvait prendre son cheval et parcourir mille contrées, à la recherche d’une bonne fortune. Il pouvait s’embarquer sur un voilier et traverser les océans vers une terre lointaine et inconnue et y bâtir par son sang et sa sueur un nouveau royaume. Aujourd’hui il devra d’abord remplir les formulaire d’un dossier de demande de visa qu’il devra remettre au consulat en faisant attention à ne pas rouler trop vite pour ne pas se faire flasher par les radars automatiques et perdre le dernier point qu’il lui reste sur son permis de conduire !

L’homme moderne est un être brisé, faible, triste sans le savoir, fade, insignifiant, interchangeable, il est petit, son cœur est fatigué, son sang rose. Il vit une vie sous cellophane, dans l’attente, ou plutôt sans attendre une mort, plus médiocre et aseptisée encore que sa vie, qui l’enlèvera soudainement à ce monde sans qu’il n’ait eu le temps d’y vivre vraiment.

Quant à la femme moderne, et bien elle… que dire ? Elle mange et fait des selfies, et elle est ravie.

La modernité exerce sur notre vie la même action que l’absence d’oxygène sur le feu, elle l’éteint, sans combat, sans drame.