Coloniser par l’humanitaire

L’Occidental moderne est plein de bons sentiments. L’amour, la tolérance, la compassion, il adore ça et il en déborde. Faut dire qu’il ne lui reste plus que ça pour se sentir encore un peu humain dans une vie dépourvue de toute substance spirituelle.

Dans le monde occidental moderne, le sacré a été réduit à la morale, et celle-ci à du sentiment, surgissant en pulsions spontanées ou provoquées.

Et comme il le fait dans tous les domaines, le système anticipe, récupère, formate, et oriente ce sentimentalisme vers son intérêt. Ce sentimentalisme compassionnel qui se développa à partir des années 1970 fut conduit à s’exprimer dans une charité institutionnalisée.

C’est ainsi que se sont multipliées et n’ont cessé de croitre toutes sortes d’organisations humanitaires. Protection des droits de l’homme, lutte contre la faim, aide aux réfugiés, scolarisation, vaccination, irrigation, protection de la nature, SOS ceci, SOS cela, etc. Il y en a pour tous les goûts !

Les professionnels de la larmichette et du militantisme humanitaire sont désormais foison. Le secteur caritatif emploie des milliers de personnes et capte en dons des milliards d’euros chaque année.

Beaucoup de ces organisations agissent principalement dans les pays sous-développés du sud et sensibilisent l’opinion publique occidentale aux difficultés, parfois extrêmes, qui règnent dans certains coins du monde, pour recueillir les fonds qui financeront leurs actions.

On peut se dire à priori : « C’est cool ! Quelle bel élan de solidarité envers les malheureux qui souffrent tant à l’autre bout du monde ! Les gens sont formidables ! »

Sauf que cela masque hélas de nombreux et graves problèmes.

 

 

1) Beaucoup de difficultés que vivent les populations du sud découlent directement ou indirectement de l’action agressive et malveillante des pays occidentaux :

 

  • Interventions militaires directes en vue de renverser des gouvernements jugés hostiles ou peu dociles (Panama, Somalie, Afghanistan, Iraq, Libye, Côte d’Ivoire, Centrafrique) ou manœuvres de déstabilisation politique (Rwanda, Syrie, Soudan, etc.) entrainant la destruction des infrastructures de ces pays, le massacre des populations, leur déplacement à l’intérieur et à l’extérieur des frontières (réfugiés), etc.
  • Mise en place et maintien de régimes politiques corrompus et incompétents (Mali, Tchad, Niger, Sénégal, Djibouti, Azerbaïdjan, Congo, Gabon, Cameroun, Nigeria, etc.) qui favorisent le pillage des ressources naturelles opérées par les multinationales occidentales et l’installation de bases militaires stratégiques pour les pays occidentaux. Ce pillage des ressources s’opérant le plus souvent au mépris de toutes les normes environnementales dont on nous vante hypocritement les mérites en Occident : déforestation massive (Indonésie, Congo, Inde, Brésil), pollution de l’air, des sols et de l’eau par toutes sortes de rejets toxiques, épuisement des ressources halieutiques sur les côtes poissonneuses de Somalie ou du Sénégal, enfouissement ou rejet en mer de déchets toxiques pour ne pas avoir à les traiter en Europe, etc.)
  • Appauvrissement des populations du sud par l’entremise de moyens monétaires et financiers complexes qui endettent ces pays et les maintiennent dans un état de dépendance et de misère (politique coloniale du franc CFA, programmes néolibéraux du FMI et de la Banque Mondiale, endettement auprès de banques internationales privées, manipulation des droits de douanes et des normes imposées aux produits d’exportation des pays du sud, fuite encouragée des capitaux et des cerveaux des pays du sud vers les banques du nord, etc.)

 

Les actions humanitaires servent ici à concentrer l’attention de l’opinion publique sur les conséquences des malheurs que vit le sud, plutôt que sur leurs causes. Ainsi, Robert ou Brigitte, en envoyant leur chèque à Action contre la Faim ou Médecins du monde, ont l’impression qu’on a fait ce qu’il fallait pour aider ces pauvres africains ou orientaux, mais c’est au détriment de la prise de conscience que ces mêmes africains et orientaux n’auraient certainement pas eu besoin de leur chèque si les gouvernements et les sociétés multinationales occidentaux n’avaient pas fortement contribué à ravager leurs pays.

 

 

2) La sensibilité humaine importante dans l’opinion publique occidentale a également été habilement instrumentalisée afin de fonder     une sorte de nouvelle légitimité à des agressions militaires qui sont menées par l’Occident contre des pays du sud pour des buts d’intérêt politique, stratégique et économique tout à fait triviaux mais qu’on présente à grands coups d’articles de journaux et de documentaires télévisés comme étant motivées uniquement par la nécessité de stopper un régime despotique et sanguinaire et pour venir en aide à de pauvres populations meurtries et affamées (Darfour , Kosovo) ou assoiffées de liberté et de droits de l’homme (Libye, Syrie). C’est ainsi qu’on a forgé le fameux « droit d’ingérence », qui permet de bombarder tous ceux qui dérangent, mais le cœur sur la main et la conscience tranquille. Ce droit d’ingérence est un formidable outil aux mains de l’Occident car il lui permet d’agresser qui il veut mais en restant toujours dans le camps du bien, en préservant une pureté morale chère au bobo de Paris, Londres, Rome, ou New York.

 

 

3) La majeure partie de l’aide humanitaire apportée par l’Occident aux pays du sud n’est malheureusement qu’un outil de colonisation économique et surtout culturelle.

 

  • En effet, la nature culturelle des produits alimentaires ou vestimentaires que l’Occident donne aux peuples du sud comme aide véhicule fatalement un mode de vie et des références culturelles qui influencent et dévient l’identité propre de ces peuples qu’on est sensé aider. Ainsi, les vêtements occidentaux dont on ne veut plus et qu’on donne à destination des pays du sud (tee-shirt, pantalons, pulls, vestes, chaussures, chemises, robes, etc.) vont immanquablement supplanter les vêtements authentiques et traditionnels que portaient auparavant ces peuples. C’est ainsi que dans les villages les plus reculés d’Éthiopie, de Papouasie ou de Bolivie, les vêtements occidentaux, souvent offerts gentiment par des organisations humanitaires aux populations les plus pauvres, sont devenus la norme, et contribuent ainsi à l’acculturation de ces populations.

De même, il a été dit que l’organisation humanitaire étatique américaine USAID envoyait sciemment de grande quantités de blé     américain à titre d’aide économique pour les pays ou zones traversant des crises humanitaires graves, même lorsqu’il est connu que ces pays ou ces zones abritent des populations ne se nourrissant pas de blé mais de riz, dans le but d’inciter ces population à changer peu à peu leur régime alimentaire et le rapprocher ainsi des standards occidentaux, ce qui permettrait plus tard de favoriser l’émergence de nouveaux marchés d’exportation pour les céréaliers américains.

 

 

  • L’impérialisme culturel occidental emprunte également le canal de l’aide humanitaire en se déployant dans le domaine de l’éducation et de l’action idéologique. Ainsi, toutes les œuvres visant au développement de l’alphabétisation et de la scolarisation dans les pays du sud participent activement à la diffusion des langues et des cultures occidentales, principalement anglaise et française. En effet, les écoles qu’on va créer au fin fonds du Niger ou du Kenya, serviront à y enseigner Molière ou Shakespeare et certainement pas les langues et les cultures locales, refoulées au rang de folklore, vestiges du passé. Chaque enfant qu’on instruit ainsi en nous faisant croire que ce n’est que pour son propre bien, pour qu’il puisse se former et être un élément de développement pour son pays, ne sera en fait qu’un futur déraciné, au cerveau formaté par le savoir occidental et soumis aux idéologies et aux mœurs d’importations qu’on lui aura inculquées. Cette colonisation intellectuelle et culturelle, sous couvert d’aide humanitaire, est à l’œuvre depuis longtemps et ne fait que plonger les pays du sud dans toujours plus d’aliénation.

Il en est de même avec les médicaments et autres vaccins qui supplantent les remèdes traditionnels qui sont aussitôt rejetés avec mépris.

Dans les domaines touchant aux mœurs et aux normes sociales, les associations humanitaires jouent aussi un rôle majeur en faveur de     la diffusion dans les peuples du sud du mode de vie et du mode de pensée occidentaux. Il s’agit ainsi d’encourager fortement la contraception, le retard de l’âge du mariage et de la banalisation de la mixité puis de la fornication, de répandre les idéologies du féminisme par la mise en place de programmes octroyant aux femmes une indépendance financière et sociale, et en les incitant à remettre en cause le patriarcat. Il s’agit également de défendre les homosexuels et de normaliser leur pratique immonde. On encourage également la sécularisation des sociétés encadrées par la religion. On développe une élite intellectuelle et culturelle complètement occidentalisée qui se chargera de diffuser partout la bonne parole de la modernité occidentale (sécularisation, démocratie, droits de l’homme, féminisme, hédonisme, etc.)

Bref, des tas d’associations humanitaires œuvrent jour après jour à l’occidentalisation intellectuelle et culturelle des peuples du sud, et peuvent ainsi être considérées comme le bras caressant de l’impérialisme occidental moderne.

  • Enfin, et en conséquence des points que nous venons d’évoquer, l’action humanitaire entraîne invariablement un effet très subtil et très pervers, à savoir l’implantation et le renforcement dans la tête des peuples du sud qui bénéficient de ces programmes caritatifs, de l’image de la figure de l’homme blanc occidental comme étant l’homme grand, beau et fort, riche et généreux, qui vient gentiment leur prodiguer son assistance et leur apporter son expertise pour les aider à sortir de leur misère et de leur infortune. Dans la tête des gens du sud en détresse qui voient ces blancs venir les aider (tels Kouchner débarquant sur une plage de Somalie avec son sac de riz sur l’épaule), comme de véritables sauveurs providentiels ! L’homme blanc charitable et généreux devient à leurs yeux naïfs et reconnaissants un Messie qu’il convient non seulement de remercier mais aussi de glorifier et d’imiter.

 

 

C’est ainsi que l’on peut considérer l’action humanitaire à destination des pays pauvres comme une formidable machine à coloniser. Coloniser non plus à coups de fusils et de canons comme autrefois, mais à coups de sacs de riz, de vaccins, de jouets et de livres, ce qui est bien plus efficace et donc dangereux !

Il me paraissait nécessaire de mettre le doigt sur ce danger et de vous alerter à son propos.

Qu’Allah nous ouvre les yeux et nous aide à résister contre nos ennemis !

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  1. L’analyse est juste, il ne reste plus qu’à expliquer ce phénomène aux masses concernées…
    Je suis au Maghreb en ce moment (Tunisie), j’ai rencontré pas mal de gens et leur principale préoccupation est la course aux richesses et quant aux riches, leur principale préoccupation est le divertissement… à l’occidental. La plupart des gens conscients d’une nécessité de changement, je les ai trouvés en Occident justement, finalement, le changement ne viendrait-il pas des déracinés ?

    • Merci akhy.

      Oui je pense aussi que malheureusement les maghrébins du Maghreb sont dans un tel état de fascination envers l’Occident moderne et ses mirages de bonheur et de progrès par une consommation effrénée et des plaisirs sans limites, qu’ils ne se rendent pas compte dans quel piège diabolique ils sont en train de tomber, et quel sort funeste les attend au bout de ce chemin. Cette inconscience s’appelle tout simplement l’aliénation.
      Les maghrébins de la diaspora, pour une petite partie d’entre eux en tout cas, étant en contact direct avec la société occidentale moderne, sont plus à même, lorsqu’ils prennent un minimum de recul, de voir l’envers du décor et de constater la décadence abjecte et la dégénérescence ahurissante auxquelles ce modèle aboutit, et de ce fait peuvent plus facilement entamer un processus de détachement, de retour au sources, et de résistance spirituelle, intellectuelle et culturelle.
      C’est ce processus que je souhaite encourager par ce site et par le livre que j’ai écris.