La France, tu l’aimes ou tu la quittes ?

Très souvent, mes critiques acerbes et systématiques à l’encontre de l’Occident et de son modèle civilisationnel moderne me valent des volées d’invectives tournant autour du principe très simple : « si t’es pas content, dégage ! »
Ce réflexe primaire de la pensée est a priori plein de bon sens. En effet, quand on dénonce et rejette un système, il logique de penser que le mieux à faire serait de le quitter pour aller vivre là où l’on pourrait être plus en accord avec ses convictions.
Le principe est donc parfaitement légitime, et à ce titre, je cautionne la démarche de ceux qui décident de quitter l’Europe pour revenir s’établir sur la terre de leurs ancêtres.
Seulement voilà, en y réfléchissant plus en profondeur, on trouve beaucoup d’objections à faire à ce raisonnement.

Je vais tâcher de les résumer ainsi :

1) La hijra, puisqu’il s’agit de cela, n’est pas une mince affaire. Beaucoup s’y cassent les dents. Elle nécessite une longue et solide préparation, un capital important, et surtout une énorme capacité d’adaptation à une société idéalisée et qui se révèle bien souvent très décevante.

 

2) Au-delà de la hijra, remontons en amont dans la réflexion.

On est en droit de se demander au nom de quoi le fait de s’opposer à un ordre établi devrait automatiquement nous contraindre à l’exil.

Prenons par exemple le cas d’un français royaliste, viscéralement opposé à la République et qui se bat donc contre ce régime dans l’espoir de voir un jour peut-être un roi revenir régner sur la France. Dirait-on à cet individu : « Si tu n’es pas content de vivre en République, tu n’as qu’à partir vivre ailleurs, par exemple en Espagne, en Angleterre ou en Belgique, qui sont des monarchies ? »
Non, bien sûr que non !
De même, un français communiste, qui rêve de révolution prolétarienne, de collectivisation des moyens de production et d’abolition des classes sociales, et qui milite activement en ce sens, en ne ratant jamais une occasion de pester contre le système capitaliste et ses ravages. Dirait-on à ce français communiste : « Si tu n’es pas content de notre système capitaliste, tu n’as qu’à faire tes valises et aller vivre en Corée du Nord ou à Cuba, qui appliquent le programme marxiste ? »
Non, bien sûr que non !

Tout le monde conviendra que le royaliste comme le communiste sont parfaitement légitimes à vivre en France même s’ils honnissent le système qui y est en vigueur. Pourquoi alors, en serait-il autrement pour le musulman ?

 

3) Certains musulmans toutefois, dégoûtés par l’islamophobie croissante orchestrée par l’Etat et les médias français, et soumis eux aussi à cette incessante injonction : « Si t’es pas content, va vivre en Bougnoulie ! », ont courageusement décidé de quitter la France pour aller vivre sous des cieux plus adéquats.

Seulement voilà, comme dirait l’autre « y en a qui ont essayé… Ils ont eu des problèmes ! »
En effet, autant vous pouvez, si vous avez la chance d’appartenir à « l’avant-garde de la République », aller librement vous installer dans l’entité sioniste, coloniser une terre volée à ses véritables habitants, et les tuer s’ils vous résistent, autant, si vous cherchez à partir vivre sur les terres de l’État Islamique ou d’autres groupes, vous avez toutes les chances de vous faire arrêter aux frontières, empêchés de vous y rendre et de bénéficier, en lieu et place, d’un séjour de longue durée dans les geôles républicaines.

Sans même tenter quoi que ce soit de ce genre, il suffit du moindre soupçon provenant d’on ne sait agent ou quel délateur, et vous pouvez vous retrouver avec une meute de policiers qui débarquent chez vous par un sinistre matin, pour passer votre domicile au peigne fin et repartir accessoirement avec vos enfants sous le bras pour les placer à la DDASS, pris en otage pour s’assurer que vous resterez sagement à votre place.
Vous vous dites sûrement que ce n’est pas possible ou que j’exagère.
Et bien sachez que c’est précisément ce qui est arrivé en janvier et février 2015 à la pauvre famille Msakni dont vous trouverez la terrible histoire ici.

Dans un autre registre, le célèbre militant panafricaniste Kémi Séba, lui aussi en butte à cette désagréable rengaine : « La France, tu l’aimes ou tu la quittes ! », a courageusement décidé il y a quelques années, de quitter la France pour s’installer sur le continent africain. Il y mène depuis lors une intense activité militante en faveur de la dignité et de l’unité de la race noire, et ce faisant pourfend à juste titre le néo-colonialisme français et son bras armé économique : le Franc CFA.
Dès que doigt indélicat fut posé sur ce point sensible, la France a sommé les autorités sénégalaises d’expulser ce malotru… vers la France ! Retour donc à la case départ.

Décidément, la France, même si tu ne l’aimes pas, tu ne la quittes pas si facilement…

En fait, la France te laisse partir si c’est uniquement pour ouvrir un snack ou un garage auto à Marrakech, Oujda, Bejaïa ou Tunis, et mener une petite de père de famille sans histoires. Le métro – boulot – dodo devient boulot – mosquée – dodo et tout va bien. Mais si par malheur, tu comptes partir avec la volonté de mener une lutte quelconque contre l’Occident et son insupportable impérialisme, alors soit on ne te laissera pas partir, soit une fois parti, on s’arrangera pour que les autorités locales, toujours désireuses de plaire à leur maître occidental, s’occupent de ton cas et règle ton compte.

 

4) Enfin, essayons d’approfondir encore notre réflexion autour de cette merveilleuse sentence : « Si t’es pas content, t’as qu’à partir vivre ailleurs ! » La question que je pose en retour est : « mais quel ailleurs ? ». L’Occident a-t-il seulement laissé un ailleurs quelque part ?
En effet, tous les pays du monde et particulièrement les pays musulmans, sont soumis à un implacable programme d’occidentalisation.

féminisme tunisie

Les pays du Maghreb, pour ne citer qu’eux, sont ainsi l’objet d’innombrables actions de subversion visant la destruction de leurs fondements islamiques et traditionnels, afin de faciliter et rendre irréversible leur colonisation culturelle.
Les lois, les programmes scolaires, les programmes télévisés, les manifestations culturelles de toutes sortes. Tout est de plus en plus ouvertement calqué sur le modèle occidental moderne.
Dans tous les domaines, l’Occident entreprend tout ce qu’il peut pour imposer ses « valeurs » et ses normes à notre peuple et à l’Humanité entière. C’est de bonne guerre. Il s’agit juste de le reconnaître.
Alors quitter la France pour revenir au Maghreb, finalement ça ne changera pas grand-chose car on y sera confronté là-bas aussi à une occidentalisation galopante et on s’exposera à la stigmatisation et à la répression si on se met à la combattre un peu trop efficacement ou bruyamment.

Certains peuples ont réagi à cet impérialisme culturel occidental et manifesté leur rejet par l’élection de de dirigeants politiques qualifiés par l’Occident d’ « islamistes », comme en Iran en 1979, en Algérie en 1991 ou en Egypte en 2012.
Résultat : Coups d’état de juntes à la solde de l’Occident pour les deux derniers pays que j’ai cités, guerre psychologique et sanctions économiques pour le premier.
Et d’ailleurs, cela n’est pas spécifique aux musulmans. Des pays comme Cuba, le Venezuela ou la Corée du Nord, ont également cherché à s’affranchir de la tutelle occidentale en créant leur propre modèle de développement se basant sur des principes et des objectifs différents de ce que promeut l’Occident. Ce dernier a répondu à ces velléités d’indépendance et de contre-modèle par le blocus économique, l’isolement diplomatique, et tout un arsenal de mesures de guerre psychologique et d’actions de subversion, y compris le sabotage et le terrorisme, afin d’asphyxier ces pays, abattre les régimes qui les gouvernent et faire enfin rentrer ces pays dans le rang !

la démocratie par les bombes

Pour d’autres pays enfin, qui ont l’outrecuidance là encore de construire leur propre système politique, économique et social, en faisant fi des exigences occidentales et en s’accrochant fermement à leur identité propre, tels que l’Afghanistan des Talibans, ou alors qui ont consenti à adopter certains aspects du modèle occidental moderne, tout en développant un modèle relativement original et surtout des positions nationalistes et anti-impérialistes, tels que la Libye, le Soudan ou l’Irak, le traitement qu’on leur a appliqué pour les « civiliser » a été bien plus simple et radical : tapis de bombes ! La démocratie et les droits de l’homme livrés à coup de missiles de croisière et de bombes guidées au laser. L’affaire a été réglée dans le sang, mais c’était pour la bonne cause !
On leur a imposé ensuite des gouvernements fantoches et corrompus qui se sont occupé à faire gouter à leur peuple les joies de la modernité occidentale. L’Afghan ou l’Irakien a enfin pu jouir lui aussi du droit fondamental de boire du Coca Cola en écoutant du rap sur son smartphone.
Ouf !

coca cola arabes

Il est tout bonnement impossible de faire émerger un système alternatif au modèle occidental sur un espace quelconque sans subir immédiatement les foudres de cet Occident arrogant et impitoyable.
Alors quand on me dit : « Si t’es pas content, va vivre ailleurs ! » je ne peux m’empêcher de penser que celui qui me dit cela est soit bête soit malhonnête.

Quel ailleurs ?!

 

Je suis désolé pour la longueur de cet article, mais il me semblait important de donner une réponse détaillée à cette question récurrente. Le système de la Modernité Occidentale étend ses tentacules sur la planète entière, si bien qu’aujourd’hui, la France, tu l’aimes ou tu la quittes… pour la retrouver de gré ou de force, partout ailleurs !

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