La mort civilisationnelle

Qu’est ce qui définit un homme ? Tout d’abord, son identité physique : homme, femme, taille, poids, couleur de peau, couleur des yeux, couleur des cheveux, mensurations, etc. Puis, on le définit par sa généalogie, son lieu d’habitation, le métier qu’il exerce, sa situation familiale. Enfin, et c’est là le niveau le plus élevé d’identité, par l’ensemble de ses croyances, de ses convictions, des rites qu’il accomplit, par sa culture, sa manière d’interagir avec ses semblables, avec les étrangers, et avec l’invisible, etc.

En effet, définir l’homme par son esprit fournit une définition bien plus riche, bien plus profonde et bien plus intéressante que par son physique.

De la même manière les peuples et les nations se définissent par la description de l’espace géographique qu’ils occupent et par toute une série de chiffres et de statistiques décrivant tel ou tel paramètre démographique, économique ou social. Mais un peuple est avant tout une histoire, une religion, une culture, un mode de vie, un mode d’organisation politique et sociale établit sur des croyances, des idéaux, des traditions et des principes fondamentaux qui forment une certaine vision du monde qui est au cœur de l’identité de ce peuple.

Ces identités culturelles peuvent être des déclinaisons d’un ensemble civilisationnel supérieur. Ainsi la civilisation islamique a engendré comme sous-ensemble civilisationnel, l’ensemble arabe oriental, l’ensemble maghrébin, l’ensemble turc, l’ensemble persan, l’ensemble indo-pakistanais, etc.

Les peuples sont mortels, c’est-à-dire qu’ils peuvent disparaitre. Le plus souvent un peuple ne cesse pas d’exister à cause d’un génocide commis physiquement contre lui, mais par la disparition de leurs caractéristiques culturelles nationales suite à leur dissolution et leur non-transmission.

Ainsi, quand nous parlons de la disparition des Babyloniens, des Egyptiens Anciens ou des Phéniciens, il ne s’agit d’une extermination physique qui aurait effacé ces peuples de la Terre, mais bien de la disparition des civilisations, des caractères religieux, culturels, sociaux et artistiques qui faisaient la spécificité de ces peuples et de leurs civilisations. En Iraq, en Egypte ou au Liban, ces peuples antiques sont demeurés présents et, même après leur mélange partiel à des apports ethniques étrangers, ils sont toujours présents actuellement. La descendance des Babyloniens du temps de Nabuchodonosor est toujours vivante en Iraq, mais elle n’a plus rien à voir avec ses ancêtres de l’Antiquité, dans la mesure où sa langue, sa religion, sa culture, son mode de vie, son mode de pensée, ses traditions, son art, son organisation politique, économique et sociale, tout ce qui constitue l’identité et l’âme de ce peuple a radicalement changé depuis l’époque ancienne. La transmission de cette identité a été progressivement interrompue, si bien que la nation babylonienne a fini par cesser d’exister et peut être considérée depuis comme morte.

La nation maghrébine est islamique et arabo-berbère. Elle constitue une partie intégrante de la grande civilisation islamique, qui a surgit sur Terre il y a quatorze siècles lorsqu’Allah a offert a envoyé à l’Humanité le dernier de Ses Messagers, Mohammed (salla-llahou 3aleyhi wa âlihi wa sellem). La survie de notre nation comme de notre civilisation dépend donc de la manière dont nous saurons ou non transmettre fidèlement notre identité héritée de nos parents et grands-parents, à nos propres enfants.

Si nous voulons que notre nation vive encore et perdure, pendant que les autres peuples et nations sont en train de disparaitre, rongés par la modernité occidentale, il est absolument vital de prendre conscience de l’importance de la transmission de notre héritage culturel.

Pour cela, il faut déjà bien connaitre nous-mêmes cet héritage culturel, connaître notre histoire, notre identité, nos traditions, etc. Il nous faut conserver ce qui nous a été légué et redécouvrir ce qui ne l’a pas été, être fier de ce patrimoine, nous aimer nous-mêmes, et ensuite, veiller à transmettre tout cela à nos enfants.

Si nous n’accordons pas d’importance à cet effort de transmission, notre nation disparaitra bientôt et tombera comme tant d’autres dans les oubliettes de l’histoire.

Cette capacité de transmission identitaire est donc cruciale. Elle dépasse le simple aspect éducatif. Elle est la clé de notre survie !

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  1. N’est-il pas plutôt une « certitude négative », cet homme libre et conscient de ses choix propres et de son identité (ipséité) qui ne se soumet à aucune catégorie et aucune injonction ? Belle lecture à découvrir : l’intelligence de Jean-Luc Marion.