Naviguer délicatement dans le pessimisme joyeux


Pour faire suite à mon précédent article quelque peu morose il est vrai, je me suis dit qu’il serait bon que je m’efforce d’équilibrer un peu mes propos.

Certes, toute personne – musulmane ou non – d’un certain niveau intellectuel et culturel, observant objectivant notre monde contemporain et notre société actuelle, ne peut que voir avec effarement et dégoût la dégradation de l’état général de ses congénères.

En ce qui concerne la communauté musulmane maghrébine de France, ce constat est criant : décadence, déliquescence, perte des valeurs et des repères, aliénation. Là-dessus je ne peux que confirmer tout ce que j’ai écrit dans mon précédent article.

Cependant, j’ai observé chez certains frères, qui avaient cru dans l’épopée « islamiste » des années 90 et 2000, et qui ont ensuite assisté à son échec, qu’ils ont été tellement déçus que beaucoup d’entre eux, les plus sincères les plus sensibles, se sont laissés aller au découragement, voire à l’abattement et au désespoir. Une certaine forme de dépression nous – oui j’en suis – a alors affectés et a recouvert notre quotidien d’un gris lourd. Nous voyons les nôtres s’enfoncer toujours plus, s’humilier sans le savoir, s’effondrer en riant, en laissant nos appels au sursaut sans réponse, ce qui nous fait ressentir le désarroi qui pourrait être celui d’un homme qui crierait dans une foule de sourds. Nous finissons par baisser les bras et nous morfondre dans les « C’est trop tard ! » et les « On est foutu ! ».

C’est vrai, c’est trop tard et on est foutu, mais on doit absolument nous rappeler une chose essentielle qui devrait réchauffer nos cœurs et nous remettre d’aplomb : un croyant a une mission à accomplir. Dans la victoire, l’aisance et le succès, comme dans la défaite, la pauvreté, la persécution ou l’indifférence générale, il doit accomplir cette mission !

Le contexte évolue, il peut devenir plus ou moins favorable, plus ou moins pénible, les moyens à notre disposition peuvent s’amenuiser et notre marge de manœuvre se réduire, ce qui ne peut en aucun cas changer c’est notre but suprême : adorer Allah et Le servir en portant Son message. Et une chose est sûre : il y a toujours quelque chose à faire !

Ainsi, je conseille à mes frères de ne jamais céder au désespoir, ni à l’aigreur ou à l’apathie, car cela nous conduirait à être malheureux et nuisible à nos proches.

Allah nous a promis la victoire finale, pas à nous mais à l’islam, et rien ne peut ébranler cette certitude. Cette promesse doit alimenter en permanence notre flamme intérieure.

Changeons de stratégie, adaptons nos méthodes, innovons, expérimentons, soyons intelligents et audacieux, car je le redis, il y a toujours quelque chose à faire !

Se sauver soi-même et ses proches, c’est déjà beaucoup, se maintenir dans la foi et la rectitude, viser l’excellence, et produire de l’amour pour soi-même et pour ses proches, c’est considérable.

Dites-vous, mes frères, que même dans les temps très difficiles qui sont les nôtres, on doit rester debout au milieu des ruines (comme dirait l’autre), et être le témoin de la Vérité dans un océan de mensonges.

Le musulman ne doit pas se morfondre, œuvrons continuellement, en silence, en douceur ou en force, soyons toujours dans l’effort, c’est tout ce qu’Allah nous demande.

Gardons le sourire, et attendons activement !

 

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