Manger de la chorba dans le Limousin 3

Manger de la chorba dans le Limousin

Je sais, le titre de cet article est assez incongru et déclenche immédiatement un début de rire. C’est bon signe ! Cela signifie qu’instinctivement nous savons tous qu’une identité culturelle authentique est nécessairement enracinée dans une terre spécifique, sur laquelle elle a eut le temps de se constituer et de mûrir, en osmose avec elle.

Cependant, on peut – et nous y sommes de plus en plus contraints par la marche irrésistible du mondialisme – se poser l’épineuse question que voici : une identité peut-elle survivre en exil ?

Cette question s’impose à nous autres, MMEF installés loin de nos terres ancestrales. Nous sommes maghrébins, nous avons une culture, des traditions, des coutumes. Peut-on faire vivre, préserver et transmettre ce patrimoine en Europe ou en Amérique ? Peut-on continuer de manger de la chorba dans le Limousin ? Non seulement « peut-on ? », mais cela a-t-il encore un sens ?

Cette question n’est pas nouvelle puisqu’elle est prégnante pour des diasporas qui se sont constituées depuis des siècles loin de leurs pays d’origine. Les exemples les plus pertinents sont ceux des diasporas chinoise, italienne, allemande, libanaise, arménienne, polonaise, grecque, qui se sont établies il y a plus d’un siècle aux États-Unis, au Canada, au Brésil, en Argentine ou en Australie.

Prenons l’exemple libanais. Il faut savoir que les libanais sont partis s’installer un peu partout dans le monde depuis la fin du XIXème siècle et le déclin final de l’empire ottoman. Ils se sont installés en vagues successives en Amérique, puis en Europe, en Australie et en Afrique, si bien qu’il y a aujourd’hui plus de libanais qui vivent hors du Liban qu’au Liban même.

Beaucoup vivent en Afrique noire depuis déjà un demi-siècle, nombre d’entre eux y sont même nés, et pourtant ils continuent à parler arabe, à cuisiner des plats libanais, à aller régulièrement en vacances au Liban, etc. Le lien communautaire est très fort entre eux. Ils montent des activités commerciales entre eux, des institutions scolaires et culturelles, et surtout ils se marient entre eux.

Ce lien puissant et leur situation de minorité les conduisent à sauvegarder leur identité ethnique et culturelle libanaise et à la faire vivre très loin de leur patrie ancestrale, très longtemps après l’avoir quittée. L’attachement à leur patrie d’origine et le lien qui te rattache à leurs racines est d’autant plus facilité que les chaines satellitaires et internet permettent désormais de vivre quotidiennement dans son foyer en totale connexion avec son pays d’origine.

Ainsi, nous avons là un exemple vivant de la possibilité pour une diaspora de vivre et de prospérer loin de sa terre d’origine et pendant longtemps, tout en maintenant quasi intacte une conscience de soi et une identité fortes, une fierté de sa spécificité et un attachement viscéral à ses racines, un refus catégorique de se fondre dans la masse. Cela est possible et souhaitable, et l’exemple libanais devrait nous inspirer.

Si on peut manger du shawarma en Côte d’Ivoire, pourquoi ne pourrait-on pas manger de la chorba dans le Limousin ?


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3 commentaires sur “Manger de la chorba dans le Limousin

  • ahmedmaghnia

    Les gens et les nations ont été créés pour se connaître, donc pour s’imprégner de la culture des uns et des autres, mais dans la voie tracée par l’Islam.Allah Le Très-Haut dit dans le Noble Coran(Sourate Al Houjourat 49:13) : »O hommes! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Grand Connaisseur. »
    Vous savez que le couscous maghrébin est devenu un plat universel comme les pâtes italiennes le sont. Alors, la chorba, la hrira et autres mets de notre terroir font partie de notre culture, mais est-ce suffisant pour affermir notre identité au sein des autres peuples?