Se ressourcer pour ne pas sombrer 7


Jiddu Krishnamurti disait très justement « Ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être bien adapté à une société profondément malade ». Et quoi de plus malade que la société occidentale moderne ? Ce « Gestell » triomphant, que redoutait et dénonçait à raison Martin Heidegger, est aujourd’hui le bocal glacé où l’humanité réduite à l’état de poisson rouge, est condamnée à tourner, et qui plus est, toujours plus rapidement. C’est un monstre froid au sourire carnassier, c’est une machine à déshumaniser, un manager global, une armée immense de 0 et de 1. Par souci permanent d’efficacité, de performance et de rendement, le Système cherche à tout encadrer, contrôler, surveiller, normer, aseptiser, affadir, et finalement à étouffer tout élan de vie sincère, libre et brutal, et à recouvrir nos vies et nos âmes d’un subtil manteau de béton, gris et lourd. Enfin gris, non pas tout à fait…

En manager imbattable qu’il est, le Système sait que cette déshumanisation de notre existence, si elle est trop franche et prégnante, sera vécue avec horreur par nous autres, ses esclaves, et entraînera notre révolte ou notre suicide, deux options qu’il ne souhaite en aucun cas. Aussi, il s’emploie toujours à repeindre ce béton gris avec de jolies couleurs, les couleurs de la sécurité, du confort, du divertissement et du plaisir… Oui le Système sait si bien enrober de sucre le vide qu’il a fait de nos vies.

Mais pour celui qui sait voir, rien n’est plus amer que le sucre, rien n’est plus gris que le rose, rien n’est plus vain que l’agitation, rien n’est plus mort que notre vie.

Alors celui qui sait voir, celui qui sait tout court, comprend que la folie et le désespoir le guettent à chaque instant et l’assaillent de toutes parts. Une folie et un désespoir dont il ne peut se prémunir qu’en s’employant à trouver des sources de ressourcement, comme des poches d’oxygène pour un homme qu’on asphyxie.

Se ressourcer, c’est trouver un lieu ou une activité, qui servira de refuge pour le corps et l’esprit. Se ressourcer c’est se retirer régulièrement dans ce refuge pour y contempler l’étendue de son malheur et la vacuité de ce monde dans lequel on le force à vivre.

Mais ne nous méprenons pas, il ne s’agit pas de contempler sa piteuse condition comme le ferait un vulgaire dépressif pour se décider à sauter du haut d’une falaise. Non, il s’agit de contempler l’amère réalité de cette mystification générale et sa propre déshumanisation comme un médecin observe attentivement une blessure pour en connaître l’étendue, la gravité et le moyen de la panser efficacement. L’homme éveillé doit se ressourcer pour s’ausculter et tenter de se soigner, à travers deux démarches complémentaires. D’un côté, apprendre à accepter sa vie et ce monde, ou plutôt à les supporter, non pas avec résignation, mais plutôt avec courage et espérance et cherchant à se parfaire de cette vertu cardinale qu’est le « sabr », la patience. D’un autre côté, réparer en nous ce qui peut l’être, se réhumaniser en nous connectant à notre « fitra » et en lui offrant ce refuge comme un espace de survie.

Ce refuge sera donc un lieu, idéalement naturel, car la nature, surtout sauvage, reste et restera toujours un lieu où se reflète éminemment pour l’homme éveillé et à la foi saine, la beauté et la grandeur du Créateur. Ainsi, on peut plus facilement reconquérir quelques parcelles de l’humanité dont on nous a dépouillé, en se posant au somment d’une colline, se promener au bord d’une rivière, s’allonger à l’ombre d’un arbre majestueux, etc.

Mais le refuge peut être également, comme je le disais plus haut, une activité simple et pure : construire une maquette de voilier ou un circuit de train, collectionner des timbres ou des livres anciens, constituer un herbier, chasser, pêcher, composer des poèmes, faire de la vannerie, etc. Ce genre d’activités nous font échapper à la loi implacable de l’utilitarisme et de la frénésie, qui remettent un peu de lenteur et de joie véritable dans notre existence et qui la réenchante quelque peu. Ce sont donc eux aussi des refuges de ressourcement des vecteurs d’élévation, des outils de réhumanisation.

Qu’Allah nous aide à ne jamais devenir ni des animaux ni des robots, mais à rester humains, tout simplement.


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7 commentaires sur “Se ressourcer pour ne pas sombrer

  • Malik

    Les villes modernes sont des prisons de béton qui coupe l’être humain de la nature. Il y aurait des études (les études ne sont pas des vérités absolues) qui soutiennent l’idée qu’un contact avec la nature auraient des bienfaits sur l’organisme,cela réduirait le stress. Sans être scientifique je constat cela, une promenade en forêt fait un grand bien, en même temps on profite de l’oxygène provenant des arabes. Je sais que ce n’est pas exactement le sujet de l’article qui se veut général mais je voulais rappeler l’importance detre au contact de la nature.. Assalamou ala mani taba3a al houda

  • ahmedmaghnia

    Notre bonheur et notre félicité ,nous musulmans,
    est d’invoquer Allah et de multiplier nos prières comme IL l’a ordonné :
     » Ceux qui ont cru, et dont les coeurs se tranquillisent à l’évocation d’Allah ». N’est-ce point par l’évocation d’Allah que se tranquillisent les coeurs ?  » (Coran 13 : 28)
    Le Messager d’Allah,Bénédiction et Salut d’Allah sur lui et sur sa famille, a dit:
     » Voulez-vous que je vous informe de la meilleure de vos actions, la plus pure auprès de votre Roi, celle qui élève le plus vos degrés, qui est meilleure pour vous que de dépenser l’or et l’argent, et qui est meilleure pour vous que de rencontrer votre ennemi et que vous leur frappiez le cou et qu’ils vous frappent le cou ? » Ils dirent :
    -« Oui, – ô messager d’Allah -« . Il dit : »l’invocation d’Allah ».( Rapporté par Ahmed, Tirmidhi et Al-Haakim.)
    Allah dit :
     » Et quiconque se détourne de Mon Rappel, mènera certes, une vie pleine de gêne, et le Jour de la Résurrection Nous l’amènerons aveugle au rassemblement».
     Il dira: «Ô mon Seigneur, pourquoi m’as-Tu amené aveugle alors qu’auparavant je voyais?»
     » [Allah lui] dira: «De même que Nos Signes (enseignements) t’étaient venus et que tu les as oubliés, ainsi aujourd’hui tu es oublié».
     Ainsi sanctionnons-nous l’outrancier qui ne croit pas aux révélations de son Seigneur. Et certes, le châtiment de l’au-delà est plus sévère et plus durable. »(Coran 20 : 124/127